Les indépendances africaines sur fond des réalités choquantes

par Jean-Claude Boz

Des femmes vendent des tilapias et d’auters poissons dans un marché de Kisumu, au Kenya

Photo: Robert Skinner

La pauvreté, la misère ne sont pas inéluctables, elles découlent toujours d’un ensemble de causes conjuguées, lesquelles sont produites par un système politico-économique pervers, pensé et construit pour asservir l’homme à l’économie, s’enrichir de son travail tout en le maintenant en état de sous-développement, à seule fin d’en faire un néo-colonisé. Ainsi J’entends souvent parler du manque de démocratie, de liberté, de justice en Afrique. Mais la démocratie, la liberté et la justice ne peuvent exister dans un pays donné, lorsque le gouvernement de celui-ci est aux ordres d’une puissance étrangère.

Depuis 5 siècles les pays du Sud financent ceux du Nord par le biais des conquêtes militaires, puis de la traite ensuite, qui a rapporté énormément d’argent aux négriers en valeur marchande, et aux colons, en force de travail. Pendant toutes nos guerres, ces peuples ont été mis à contribution. Le sang de leurs enfants a coulé en abondance, en Provence, dans la Vallée du Rhône, en Italie sur les flancs de Monte Cassino, dans les neiges d’Alsace, d’Allemagne et d’Autriche, puis dans les rizières d’Indochine. Prétendument indépendants, ils sont aujourd’hui pour la plupart d’entre eux, sous la coupe des institutions internationales, perfusés lorsque nécessaire par le FMI et la Banque mondiale, soumis à de multiples accords commerciaux iniques, signés par des gouvernements, dont beaucoup ont été installés, « grâce à notre aide bienveillante et nos conseils avisés ». Ce qui a été le cas par exemple d’Omar Bongo au Gabon, de Mobutu au Zaïre, de Bokassa en République Centrafricaine, des Duvalier à Haïti et de tant d’autres jusqu’à présent.

Avec toujours en arrière-plan, l’objectif annoncé, du pillage à moindre coût par les multinationales, des richesses du sol et du sous-sol, notamment le pétrole, les diamants, le cuivre, le bois, le café, le coton, le cacao, les phosphates, l’or, l’uranium. Et de pair, bien entendu, la vente de matériels militaires, permettant ainsi à ces gouvernements prétendument indépendants, d’asseoir leur légitimité prétendument démocratique dans la durée. Du général de Gaulle, instigateur du système, jusqu’à l’actuel bonimenteur de l’Elysée, en passant par Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand et Chirac, rien n’a changé dans la politique africaine de la France, mis à part que l’ex-colonisé, est devenu un néo-colonisé chronique ! Ce qui m’amène par ce biais, à répondre aux multiples questions, relatives à l’immigration massive, particulièrement en provenance des pays du Sud, qui nous ont été posées par de nombreux internautes, ainsi que sur les expulsions de roms qui se poursuivent, tant en Italie qu’en France. J’ai déjà eu l’occasion dans un précédent texte de traiter de cela. Mais j’y reviens !

A la base c’est un problème de sous-développement et de non-répartition des richesses. Tant que le système politico-économique actuel perdurera et maintiendra des peuples en état permanent de pauvreté et de misère, des milliers et des dizaines de milliers de pauvres gens, affamés et en haillons, n’ayant plus rien à perdre sauf leur vie, braveront les déserts et l’Océan pour tenter d’atteindre l’Europe. L’ignominie des pays riches structurés à partir de la pensée néolibérale, réside dans le fait, qu’ils tentent de dresser les couches pauvres de leurs populations respectives, contre les pauvres qui viennent d’ailleurs, lesquels ont été eux aussi, dans leur pays d’origine, victimes directes de ce même système et de cette même pensée. Car c’est bien le même système qui fabrique la misère dans les pays du Tiers-Monde, que celui qui permet à des marchands de sommeil, chez nous, mais ailleurs aussi n’en doutons pas, de s’enrichir en entassant des familles d’immigrés dans des taudis tellement infects, que parmi nos parvenus les plus délicats, pas un seul probablement, accepterait d’y faire dormir son chien. Cette propagande insidieuse et xénophobe, qui vise à faire de l’immigré un bouc émissaire, éclaire définitivement sur le niveau intellectuel et l’indignité de ceux qui la propagent. Elle pénètre cependant de moins en moins nos compatriotes, ainsi que les européens en général, qui dans leur grande majorité, ont pris conscience que l’homme est universel, que les problèmes posés sont planétaires, comme le sont les ressources. Et que par conséquent, le devenir des pays du Nord, est inévitablement lié aujourd’hui, plus que jamais, au développement et au devenir des pays du Sud. En novembre un internaute parisien se disant essayiste, m’adressait un grand mèl portant pour l’essentiel sur le thème de la pauvreté. J’en reprends un extrait ici. « Le monde est ainsi fait qu’il y aura toujours fatalement des riches et des pauvres. On peut l’admettre ou ne pas l’admettre. A vous lire, je constate que vous ne l’admettez pas. Mais alors comment envisager de sortir du capitalisme mondialisé, et pour tendre vers quoi ? L’histoire nous prouve que toutes les tentatives d’instauration d’une société égalitaire se sont soldées par un échec sanglant ».Dans un précédent texte j’écrivais ceci « Nous vivrons des temps extrêmement difficiles, plusieurs années sans aucun doute. La crise financière amènera une crise sociale généralisée, suivie de peu par une crise politique sans précédent, qui débouchera par obligation, sur l’installation d’un nouvel ordre mondial, à partir d’une répartition équitable des richesses ». A l’évidence c’est ce qui est en train de se produire. Le capitalisme financier qui est un cancer pour l’humanité, en est arrivé par ses appétits et ses dérèglements, à développer les métastases qui le rongent. Il suffit de juger de l’état du monde pour s’en assurer. Hormis l’Islande, la Grèce et l’Irlande dont j’évoque les épreuves plus avant, il faut prendre conscience de l’aggravation de la précarité et de la grande misère partout. Du déséquilibre qui n’a pas cessé de se creuser, non seulement entre pays pauvres et pays riches, mais entre les hautes et basses couches sociales, tant dans les pays riches, que dans les pays pauvres. Alors que les uns disposent des technologies les plus avancées, les autres par dizaines de millions se nourrissent d’ordures.

Que ce soit en Afrique, en Inde, en Amérique du Sud, à Haïti, à Madagascar, au Pakistan, en Indonésie, en Egypte, toutes les grandes villes sont ceinturées par des bidonvilles de baraques en bois, en tôle, ou en parpaings de récupération. Le capitalisme prétendait apporter le bonheur à tous, il n’a fait qu’apporter le bonheur, aux classes sociales qui étaient déjà les plus favorisées, en les enrichissant encore davantage. Dans les pays riches, il a installé une forme déguisée de pauvreté, en bloquant les salaires des ouvriers de base, voire en les diminuant, tandis que le coût de la vie ne cessait d’augmenter dans des proportions inimaginables, notamment en Europe depuis le passage à l’euro. A tel point que des couples avec enfants, tout en travaillant, ne parviennent plus à joindre les deux bouts et en sont réduits à pousser les portes des restos du cœur.Comment ne pas comprendre les sursauts de colère des ouvriers, des étudiants d’Athènes, Reykjavik, Londres, Dublin, ces émeutes au cours desquelles des établissements bancaires ont été saccagés, incendiés ? Comment ne pas comprendre la légitime révolte de tant de peuples sacrifiés aux bénéfices obscènes, scandaleux, des multinationales et de la finance interlope ? Comment ne pas comprendre que ce système politico-économique qui repose sur l’escroquerie, la spéculation effrénée, le pillage des ressources, le vol et le saccage de la planète, qui a laissé se développer comme une gangrène parmi ses « prétendues élites » les complicités d’intérêts, le sentiment de toute puissance, de totale impunité, le mépris des lois, l’arrogance et le parasitisme, ne peut qu’être condamné par la marche de l’histoire, au nom de la morale, de la vérité et de la justice ? Des valeurs qui restent aujourd’hui l’unique espérance, de centaines de millions d’êtres humains, issus des classes sociales et des populations les plus pauvres, exploités et humiliés depuis si longtemps. C’est pour leur permettre l’accès à ces valeurs, qu’il nous faut sortir d’un système qui les méprise depuis toujours, et de plus en plus ouvertement.

Jean-Claude BOZ

Publicités