Confrontation à propos de la Psycho pathologie entre le soin à l’occidentale et les thérapies africaines traditionnelles

par Docteur Claude ALIÉ

Il nous semble que la meilleure façon de s’ouvrir à l’inter-culturalité, c’est de revisiter l’analyse existentielle. Cette dernière nous semble toujours d’actualité pour interroger nos processus de subjectivation, de perte ou non de lien social, de la place de notre Être-Au-Monde dans son évidence naturelle. Chaque culture se réfère à un temps et à un espace, à des rythmes qui lui sont propres. La démarche culturelle du sens est intégrée au développement de l’ouverture clinique et théorique vers le monde incarné de l’Autre. Cette démarche s’est enrichie de la fécondation de la psychanalyse par le meilleur de la phénoménologie existentielle… et en particulier nous citerons Maldiney.

L’IMPORTANCE DE L’ANALYSE
EXISTENTIELLE

 L’ouverture de l’écoute à l’Autre dans sa dimension parfois empathique et dans sa référence tierce d’appel au symbolisme actif et incarné permet aussi d’entendre le pouvoir symbolisant de la parole des rites quand il s’inscrit dans l’inconscient groupal des traditions culturelles. Si la tendance psychiatrique actuelle est le reflet d’une société réductrice de gestion et de technique, ce qui peut aboutir à une certaine déshumanisation, il est important qu’elle n’oublie pas les racines de la personne dans le monde vécu de son histoire et de sa culture et non pas seulement dans le cadre de la réalité quotidienne dans lequel elle s’inscrit au bénéfice exclusif de ses besoins. Le Corps Propre (lieb) est le lieu des affects et des émotions, le point d’encrage de sa subjectivité et le lieu de son habitation. Le monde est un horizon de significations et le sujet est la parole qui l’habite. Le monde se bâtit constamment à partir des évidences qui font le sens commun, ce monde est le monde de l’Être-avec (mitsein), cette forme de co-habitation repose sur une confiance originaire basale et naturelle plus que de type seulement cognitif. Ce qui est important c’est la phénoménologie de la rencontre : la qualité de la présence du sujet, la perturbation de la dimension temporelle et spatiale, la qualité du lien social. Cela amène à apprécier la vision du monde du patient, de son monde commun, et l’analyse du symptôme comme tentative de restauration ou de destruction, ce qui fait appel à l’interprétation du geste, du quotidien, de la parole.

TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE ACTUELLE

Le modèle actuel des concepteurs de notre santé publique est celui de la maladie aiguë, ors la maladie au long cours est tout autre, la qualité du monde vécu y subit une distorsion de l’espace et du temps, une dé-historisation et une cassure grave du lien social et de l’être social. C’est une erreur que de l’interpréter comme un déficit purement cognitif préférable à une lésion cérébrale. Il s’agit plutôt d’une perte ontologique naturelle. Dans notre monde institutionnalisé de référence à des catalogues (DSM4), de protocoles, la rencontre est codifiée par le système de la langue, ce qui peut aboutir à une objectivation obturant l’ouverture à l’autre : la maladie, le panel des symptômes.

Revenons à la psychanalyse

Pour Laplanche, ce qui fait le nerf et le vif de l’analyse c’est essentiellement la désamarrage. Elle largue les amarres d’un discours guidé par un but, pour se livrer sans recours aux chaînes d’associations, à leurs divergences comme à leurs recoupements : c’est une technique adaptée à l’analyse des névroses. La psychothérapie analytique des psychoses telle que la conçoit Gisela Pankow et que nous faisons nôtre, consiste à l’aménagement du cadre où la présence réelle du psychothérapeute est affirmée et où l’analyse de l’inter subjectivité passe parfois au premier rang par rapport à un intra-psychique dont la localisation topologique est parfois indéterminée. Le sujet psychotique peut bénéficier de traitements anti-psychotiques pour ses symptômes mais pas dans le cas d’une psychiatrie vétérinaire. Il faut tenir compte de la position de demande, ou alors si elle n’existe pas, de sa position d’appel où il nous fait signe qu’il existe (c’était tout l’intérêt de la psychothérapie institutionnelle). Il faut l’aider à se structurer en l’aidant à symboliser, soit par la parole, soit par l’utilisation de médiateurs (ateliers divers…). Il faut savoir qu’il a du mal à accéder à des processus de représentation (représentation du monde, représentation de lui), il faut donc travailler à ce qui peut être pour lui la figuration de son monde pour l’aider à construire un espace psychique propre facteur d’une représentation possible. Le cadre symbolique des rencontres avec ce qu’il en est de la loi peut aider à cette structuration. En conclusion, il nous semble que la prise en considération du sujet dans sa culture et dans son inter-culturalité éventuelle peut être un moyen de « traiter » le sujet psychotique. Il devra bénéficier ensuite d’aides à la réhabilitation psychosociale et à une réadaptation éventuelle au travail, si le processus thérapeutique a porté ses fruits.

DEUX EXEMPLES :

Le premier c’est l’analyse que fait Gisela Pankow de ce merveilleux livre qu’est : « Soleil Hopi ». C’est l’histoire d’un petit indien, qui deviendra un brillant universitaire américain, mais tombera malade jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il est déterminé par sa culture et qu’il revienne dans son pays d’origine comme chef de sa tribu. Sa situation existentielle s’éclaire lorsque l’on apprend que les paroles qui accompagnent sa naissance décrivent son corps comme le résultat d’une fusion en un jumeau fille et un jumeau garçon et cette fusion va lui donner le statut d’un être-au-dessus des autres. Le deuxième exemple sera tiré de l’article du Professeur béninois René Gualbert Ahyi : « Victoire sur la mort – Réflexion sur la clinique du deuil à propos du Hoxosudidé ». Après quelques remarques sur l’importance et la fonction de l’enfant dans la famille et la société africaine et quelques considérations sur les naissances gémellaires chez les Fon (tribu béninoise), l’auteur décrit la cérémonie du Hoxosudidé, cérémonie en honneur des jumeaux après leur mort. La fonction de cette cérémonie peut être interprété comme une tentative de prévention des deuils pathologiques. Dans la recherche de nouvelles méthodes de prévention et d’assistance en matière de santé mentale, cela pose le problème de l’importance de la recherche de la vraie signification de certains rituels ancestraux dans une Afrique en pleine mutation, à la croisée des chemins entre ses traditions et les processus d’occidentalisation. Nous savons que notre société est en panne et en peine de repères symboliques. Les consultations interculturelles en France qui utilisent des médiateurs culturels sont bien sûr aussi concernées que le travail sur les cultures traditionnelles en Afrique. Elles sont importantes pour les sujets émigrés et leur famille, dans une démarche de facilitation à une meilleure intégration.

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