Soul, folk, pop et blues avec Licia Chery

Licia est son surnom, adopté par une cousine anglophone qui n’arrivait pas à prononcer correctement le prénom Léticia. Chery est le nom de jeune fille de sa mère. Jeune songwriter genevoise de 27 ans, aux origines haïtiennes, cette chanteuse, auteure, compositrice et interprète continue la promotion de son premier album « Blue your mind » revélé au public, récemment,  par une voie non traditionnelle de production. Un premier album disponible, aujourd’hui, dans les bacs et hissé en bonne place au tableau des meilleures ventes de la FNAC. Parcours d’une artiste née.

Bel exemple de persévérance que celui de Licia Chery. Première artiste suisse financée par 987 producteurs-internautes du label communautaire My Major Company (MMC), Licia Chery a trouvé son tempo. Elle le prouve dans ses différentes prestations, sur des scènes musicales du monde, par le biais des airs classiques de jazz, du soûl et de blues. Sa voix suave et captivante la fait propulser, aujourd’hui, dans le firmament des meilleures artistes de sa génération. Sa passion pour l’univers soul des artistes Otis Redding et Aretha Franklin ; l’univers jazz d’Ella Fitzgerald et Billie Holiday ; le monde du rock de Janis Joplin ou la musique haïtienne de Tracy Chapman, pour ne citer que quelques-uns, y est pour quelque chose.

Née le 1er juin 1985 à Genève de parents haïtiens, elle n’échappe pas, à l’exemple des jeunes de son âge, à l’imposante ascension d’une figure de musique qu’est Michael Jackson. Elle écoute du Beethoven, très jeune, avant de faire son entrée au Conservatoire de Musique de Genève. Elle passe des années à comprendre le monde du piano et du solfège, tout en prenant, très tôt, du plaisir non seulement à écrire des chansons, mais également à créer des chorégraphies. Milieu des années nonante et début des années deux mille, elle se familiarise, occasionnellement, avec la scène musicale, chantant ou dansant, n’hésitant pas, au passage, pour son travail de maturité, à 17 ans, au Collège Rousseau, de composer 9 des 11 chansons d’un album aux tendances r’n’b. Elle présente son travail aux professionnels, en mettant en scène un show de 90 minutes, animé par 3 danseuses et 6 choristes.

Confiante en son étoile et habitée par le désir d’embrasser la carrière musicale, elle commence par s’adresser aux différents labels parisiens, sans succès. Elle ouvre et ferme une parenthèse sur sa présence à l’Université de Genève, pour approfondir ses connaissances en Sociologie, tout en ne tournant pas, définitivement, le dos à la musique. Au fil du temps, l’écriture de textes des chansons l’emporte vite sur l’univers des syllabus, cependant qu’elle quitte les bancs de l’Université en 2006 pour se consacrer entièrement à sa passion musicale. Elle compose, enregistre et poste quelques chansons sur le réseau Myspace, avant de quitter Genève pour New-York en octobre 2007, puis pour Montréal où elle rencontre le guitariste haïtien, bercé dans le jazz moderne, Harold Faustin. Ce dernier lui permet de se produire au Kalalu, un modeste restaurant des saveurs d’Haïti et des Caraïbes situé en plein cœur du Plateau Mont-Royal.

A force d’envoyer ses maquettes à différents producteurs, un label musical se dit prêt à l’accompagner à la seule condition de ne chanter qu’en français. Un refus de sa part, suivit d’autres démarches, qui n’aboutiront pas, auprès d’autres labels connus de Suisse, de France, de Canada ou des Etats-Unis d’Amérique. L’échec la rend attentive à la nécessité d’exploiter d’autres voies. Elle tente le coup des castings ; elle gagne et saisit sa chance, en se produisant au Café Omar à Brooklyn. Cela ne suffira pas à lui ouvrir de nouvelles opportunités. Fin février 2008, elle revient à Genève avec, dans son sac, une dizaine de chansons. Elle réintègre l’Université et profite de ses temps libres, pour envoyer ses textes aux éventuels producteurs, sans succès.

C’est en répondant à une annonce sur la toile qu’elle rencontre le guitariste Pierre Fouqueray. Il apprécie son travail et décide de l’accompagner. Licia Chery se met à chercher des concerts et se produit, pour la première fois, en août 2008 à Genève, dans un programme consacré aux musiques des rues. Elle donne une bonne impression dans des « premières parties » de groupes ou d’artistes connus à Fribourg, aux Créatives Festival, au Hard Rock Café, au Caprices festival, au[] Festival Influences Caraïbes, au Veridik Festival ou au MàD de Genève. Elle joue en solo au Festival Influences Caraïbes, Festival Animai, Vevey, au Montreux Jazz, au Festival les Créatives, Genève, Fête de la musique, Genève, au Théâtre de la reine blanche, Paris, au Festival de la Terre, Lausanne ou au Hard Rock Café, Paris. C’est dans ce mouvement ininterrompu qu’elle tourne, en novembre 2008, son premier clip. Il est diffusé pour la première fois en mars 2009, l’année où elle se produit partout où elle est sollicitée, dans une suite de concerts musicaux dont des espaces connus tels la fête de la musique et le festival parisien Influences Caraïbes. A la veille de Noël 2009, après avoir vainement tenté d’intéresser différents labels, qu’elle emprunte une voie jusque-là inattendue.  Licia s’inscrit sur My Major Company.

«Je me suis inscrite le 21 décembre vers 13 heures. A 18 heures, il y avait déjà 600 euros. Le jour de Noël, j’ai reçu 1000 euros.» En moins de cent jours, elle obtient les 100 000 euros nécessaires à la production de son album.  Fin mars 2012, elle monte à Paris, pour deux mois de cours de chant avant d’enregistrer son album « Blue Your Mind » avec le concours des musiciens chevronnés. Ce disque qui est distribué et promu dans des conditions dignes des grandes maisons de disques, reste la fierté d’un long chemin parcouru. « C’est un voyage à travers les âges et les influences », résumera-t-elle simplement, s’agissant de ce premier chef d’œuvre qui puise son inspiration dans la culture soul. Une inspiration qu’accompagne des thèmes sur les réalités de notre société, notamment les injustices criantes qui la marquent. Une inspiration traversée par une maîtrise évidente d’écriture de ses textes, comme elle l’indique dans son dossier de presse : « J’étais même destinée de faire les lettres puisque tous mes professeurs m’ont conseillé cette voie. Mais j’ai plus de facilité à écrire des poèmes et des dissertations que des chansons. Ça a toujours été. (…) C’est important pour moi d’être auteur des titres que je chante. C’est vrai pour le premier album, mais pour la suite aussi. Je suis une artiste de scène et ce que j’aime c’est le partage. Je fais ce métier pour partager des émotions et des idées avec le public. Par conséquent, il faut être authentique. Et pour moi, ça passe par l’écriture de mes propres chansons. J’ai besoin de ressentir au fond de moi ce que je chante. Après, je sais qu’il existe des interprètes incroyables mais je ne suis pas sur ce terrain-là. »

Cikuru Batumike

Publicités