Quand les Afro-Antillais jugent les Européens

Rendre compte du regard que l’homme afro-antillais porte sur l’Européen à travers l’approche des rapports sociaux est un exercice délicat auquel trois connaissances ont été conviées, récemment, par Agencetropiques. Dans leurs propos se sont croisés les non-dits sur fond de préjugés et réalités. Des extraits choisis dans les lignes suivantes. Par Cikuru Batumike

L’Européen vit-il un modèle de famille négatif ? En effet, cela choque une Africaine que les personnes âgées finissent leurs jours dans des « homes » loin des membres de leurs familles.

Identité projective

Une remarque, parmi d’autres, abordée par deux antillaises et une africaine de Suisse. En effet, d’aucuns se font une image des Européens qui apparaît dans leurs discours quotidiens. Par le biais de leur débat, la Guadeloupéenne L.L., la Martiniquaise C.B. et la Congolaise F.V.cernent l’identité projective du Blanc dans leregard ou les discours tenus par d’autres Antillais, d’autres Africains d’ici et d’ailleurs. Mes interlocutrices ont fait part des stéréotypes et préjugés courants, positifs ou négatifs, par lesquels la conduite de l’homme blanc est interprétée par l’homme noir en qualités et en défauts.

L.L. : »Je crois que les Occidentaux ont entrepris la classification des hommes en fonction de la couleur de leur peau. Il ressortait toujours que la supériorité revenait aux Blancs. Il fallait justifier l’infériorité des Noirs pour mieux les exploiter. C’est justement à l’époque de l’expansion coloniale que le colonialisme trouvait dans l’anthropologie sa justification. Alors que le Moyen-Age n’avait pas eu de préjugés défavorables à l’égard des Noirs, la transplantation en Amérique des Noirs africains impliqua un changement d’optique considérable. »

Pourquoi encore de nos jours certains Noirs se sentent-ils inférieurs par rapport aux Blancs ? Ne s’agit-il pas du fait qu’ils n’ont pas acquis, comme le soulignait Frantz Fanon, la conscience de soi, de leur corps ?

L.L.: « Il s’est agi d’un mauvais départ lié au problème d’esclavage, par lequel le Blanc a toujours souhaité obtenir du Noir une totale soumission et qu’il a tout fait pour démontrer qu’il était le dépositaire des valeurs, du destin. »

Or donc, le Blanc ressent toujours la nécessité de rappeler au Noir qu’il est Noir. Comment une antillaise ressent-elle cette attitude ?

L.L.: « Certes, personnellement ça ne me touche pas. Mais, quand on vient des îles Caraïbes où toutes les races se côtoient sans problème, certaines réactionsqu’on rencontre ici ont lieu de choquer. »

Le fait que le Blanc se comporte différemment avec un autre Blanc et avec un Noir est-il dû au phénomène de langage ? Toujours, citant Frantz Fanon, le Noir n’est bien accepté que s’il possède le langage du Blanc, parce qu’il peut facilement se situer par rapport à lui. En maîtrisant la langue et les coutumes de l’homme blanc il sera apprécié,n’est-ce pas ?

F.V. : »Et aussi longtemps qu’il sera docile. Le Blanc n’aime pas qu’on lui tienne tête. Il veut avoir raison à n’importe quel prix. Cela crée des frustrations au niveau de la société. »

Qu’en est-il de ces frustrations au niveau des couples mixtes ?

C.B. : »Après une vingtaine d’années de vie en Suisse, je réagis toutes les fois qu’on me regarde comme une martienne. A la base, je suis métissée. Je ne me sens pas différente des autres. Mais je trouve que mon mari devrait réagir, pas moi. C’est facile, pour lui, de dire: ne fais pas attention. »

Ne faut-il pas situer le problème dans la temporalité et cesser de s’enfermer dans des préjugés ?

F.V.: « J’en arrive à un point de vue spirituel. Dans ma vie, j’ai vu qu’il fallait se prendre en main et tendre à la perfection. L’histoire se fait aujourd’hui sans les Africains, les Antillais. Ce sont les Blancs qui la font. Nous devrions écouter les vieillards et arrêter de nous plaindre éternellement. »

Un jeu « questions-réponses » a complété ce débat non exhaustif: oui, les Européens sont travailleurs et soucieux des biens communautaires. Non, les Européens ne sont pas toujours garants de leur démocratie. Non, les Européens ne s’engagent pas vite dans des ambitions coûteuses. Non, les Européens sont en général corrects, respectueux des lois et des autorités de leurs pays,etc.

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