Les conflits ne sont pas seuls à tuer en RDCongo

La République démocratique du Congo (RDC) est un pays immense, grand comme l’Europe de l’Ouest, possédant en son sol les plus importantes richesses minières du continent. Ancienne colonie belge, la langue nationale est le français. Thierry Brigaud, président de Médecins du Monde et Pascale Barnich-Mungwa, coordinatrice de l’ONG en RDC, dressent un bilan désastreux de la situation sanitaire.

Un pays fragilisé par le conflit armé

Aujourd’hui, les ressources du pays sont pillées et aucun bénéfice ne profite à ses 66 millions d’habitants, de plus en plus pauvres, avec un accès réduit à la santé et à l’éducation. Au cours de ces huit dernières années, quatre millions de Congolais sont morts des conséquences directes du conflit et de massacres, et pour 85% d’entre eux, de maladies banales tels le paludisme et la diarrhée associés à la malnutrition(1). La RDC est devenue depuis quelques années un laboratoire pour les institutions et bailleurs internationaux. Elle fait partie avec l’Afghanistan, Haïti et le Darfour de ces « états fragiles » qui ont reçu le plus de fonds pour l’aide au développement. Malgré cela, ce pays est classé dernier pour l’indice de développement humain. Nous, organisations non gouvernementales, assistons impuissantes à cette dégradation progressive depuis 20 ans. Un climat tendu règne en RDC et l’inquiétude est de mise face à la situation actuelle des droits de l’Homme: un gouvernement fragile qui n’exerce pas un contrôle sur tout son territoire, la poursuite des conflits et des violences, des mouvements massifs de réfugiés et de déplacés internes, des arrestations arbitraires de journalistes et de militants des droits de l’Homme, la détérioration ou l’absence des services publics les plus fondamentaux, la généralisation de la corruption, l’impunité, une crise économique endémique, la dépendance totale vis-à-vis de l’aide extérieure…

Les ONG se sentent impuissantes face à la situation sanitaire

Depuis avril 2012, les conflits à l’est de la RDC ont à nouveau dramatiquement repris en intensité. Les combats entre groupes armés, en particulier dans la province du Nord-Kivu, ont suscité de nouvelles vagues de déplacés dans toute la province. Depuis avril 2012, les organisations d’aide humanitaire estiment que 220.000 personnes sont déplacées dans le Nord-Kivu, portant ainsi le nombre de déplacés internes dans la province à plus de 650.000 personnes. L’accès à ces populations vulnérables pour nous, acteurs humanitaires nationaux comme internationaux, est extrêmement limité. Au-delà de la réponse aux crises, des actions de long terme doivent être menées pour soutenir les communautés. Les chiffres de violences sexuelles sont effroyables: en 15 ans, on estime à 300.000 personnes le nombre de victimes de violences sexuelles liées au conflit. Ces indicateurs deviennent inaudibles lorsqu’on y ajoute ceux des violences liées au genre: mariages forcés et précoces, lévirat, sororat, viols de jeunes filles pour se prémunir ou guérir de certaines maladies, etc.

Dans ces sociétés, la capacité de résilience semble augmenter, malgré la déstructuration des liens sociaux à laquelle conduit les conflits. C’est pourquoi la santé mentale des communautés doit faire l’objet de l’attention de tous les acteurs, au-delà des cadres strictement humanitaires. Au Nord-Kivu, le nombre de personnes souffrant de maladies mentales a connu une augmentation de 5% en 2009, passant de 7 à 12% selon la Division Provinciale de la Santé du Nord-Kivu. Elle représente un enjeu majeur pour le développement à venir des populations et doit être considérée comme telle.

Un manque cruel de soins pour lutter contre le sida

En RDC, les conflits ne sont pas seuls à tuer. Le sida est, à lui seul, la cause de 80.000 morts par an. Moins de 15% des personnes qui en ont besoin ont accès aux traitements ARV traitements ARV, et à peine 5% des femmes enceintes séropositives sont intégrées dans les programmes Prévention de la transmission mère-enfant (PTME). Il est urgent que la communauté internationale, comme les autorités nationales, mobilise des fonds conséquents pour répondre à cette situation de crise sanitaire et ainsi espérer diminuer l’impact de l’épidémie. Chaque jour, deux bébés naissent dans les rues de Kinshasa. 62% des mères sont d’ailleurs âgées de moins de 18 ans. Entre 2006 et 2011, le nombre d’enfants vivant dans les rues de Kinshasa a augmenté de 45%. Aujourd’hui, on considère qu’il y a plus de 20.000 enfants dans les rues, dont près de la moitié (44%) sont des filles. La plupart vivent de la prostitution et sont exposées à tous les risques d’ordre sexuel : infections sexuellement transmissibles (IST) dont le VIH, hépatites virales, grossesses précoces et à risque, etc.

L’Etat doit consacrer plus de budget à la santé pour stabiliser la situation

En RDC, le droit de vivre dignement, en bonne santé et en sécurité n’existe pas. Il est indispensable et urgent que la communauté internationale et le gouvernement congolais se mobilisent pour un soutien plus important des bailleurs de fond aux programmes de développement menés dans les zones de « conflits chroniques », notamment sur les questions de santé. La RDC doit respecter son enaggement pris en 2001 à Abuja  de consacrer 15% du budget de l’Etat à la santé. Depuis 10 ans, les crédits votés pour la santé  n’ont jamais atteint 6% (moyenne: 4,5%). L’accès à des soins de santé de qualité et la lutte contre les discriminations doivent constituer la base d’un plan de reconstruction, aussi bien au niveau de la santé que de l’éducation et de l’économie, établi par tous les acteurs de la reconstruction, Etat congolais, société civile, institutions internationales, ONG, diaspora. Face à l’instabilité qui menace le Congo, il est urgent d’inventer un nouveau mode de coopération qui permettrait enfin de stabiliser le pays.

(1)Plus de 40 % des enfants de moins de cinq ans sont victimes de malnutrition chronique en République démocratique du Congo (RDC), soit le taux le prévalence le plus élevé en Afrique centrale et de l’Ouest, selon des estimations du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). En Afrique centrale, « certains pays ont des taux de prévalence de malnutrition chronique encore alarmants: la RDC, avec 43%, est le pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre le plus affecté », a déclaré mardi Marianne Flach, représentante de l’Unicef au Congo, à l’ouverture d’un atelier régional consacré à la réduction de ce fléau à Brazzaville. Quelque 75 experts venus de différents pays africains prennent part à cette réunion qui se clôture jeudi. La RDC, pays affecté par des guerres, est suivie par la République centrafricaine (40,7%) et le Cameroun (32,5%), a indiqué Mme Flach. « La malnutrition chronique est un fléau qui frappe plusieurs pays dans le monde et en Afrique. Elle est la cause sous-jacente de 35% de décès dans le monde et peut se présenter sous différentes formes », a expliqué Marianne Flach, appelant à une « réponse multisectorielle coordonnée » pour éradiquer le problème. Selon l’Unicef, la malnutrition chronique se manifeste chez les enfants par un retard de croissance, qui a « un impact très négatif sur la santé de l’enfant, car celui-ci court un risque plus élevé d’être affecté par des maladies chroniques non transmissibles ».

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Une réponse à “Les conflits ne sont pas seuls à tuer en RDCongo

  1. Triste sort d’un pays pourtant appelé à des riches lendemains. La faute au colonialisme ? Aux élites de la RDCongo ? A quelqu’un d’autre?

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