Culture(s) noires en France: le dossier.

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Peut-on parler de cultures noires en France ? La question n’est pas sans provocation. A priori il n’y a pas de culture ghetto en France, pas de lieu culturel ou de théâtre dévolu aux expressions artistiques du monde noir, mais en même temps les artistes noirs sont régulièrement mis à la marge. Ce sont des créateurs à part, affublés d’un curieux astérisque, car on attend toujours quelque chose de ces artistes-là. Ils doivent évoquer leurs origines, avoir quelque chose à dire sur leur condition noire, leur histoire… L’artiste noir est assigné à produire de la culture noire, de l’ailleurs et, au même moment, on soupçonne de communautarisme les manifestations tournées vers les expressions afro-caribéennes. C’est ce paradoxe que nous avons souhaité interroger en donnant la parole aux acteurs culturels pris, souvent malgré eux, dans ces contradictions bien françaises. Et d’abord qui sont-ils les artistes noirs de la scène française ? Qui sont-ils les acteurs ou les réalisateurs noirs des écrans de France ?

La revue Africultures tente d’aborder la question sous ses différents aspects.Du dossier « Artiste noir en France au XXIe siècle : paradoxe et utopie » à la présentation de l’ouvrage « Minorité visible cinéma invisible » de Samuel Nja Kwa ;  du texte « Il n’y a pas de culture noire » Entretien de Virginie Soubrier avec Lilian Thuram à la réflexion « Le Noir n’existe pas plus que le Blanc » d’Achille Mbembe et autres  « L’occultation de l’histoire afro-antillaise est à la source de la colère de nombreux Noirs de France » la revue porte des analyses de fond sur un des aspects de la présence des Noirs en France, à savoir l’existence de leur culture.

Au chapitre « Noir », « nègre », « homme de couleur »… ces mots réducteurs de tête la revue souligne : « Le sujet de cette réflexion concerne ce que l’on pourrait définir comme la sauvagerie des mots. On reconnaît aujourd’hui combien le cannibalisme de la colonisation est sans doute plus authentique que celui des mangeurs d’homme et que les mots du colonisateur peuvent être finalement de redoutables « réducteurs de tête », d’autant plus redoutables d’ailleurs que leur entreprise de réduction est curieusement réciproque : ils réduisent l’être de celui qu’ils nomment, mais l’effet de rétrécissement gagne aussi l’esprit de ceux qui les emploient. »

D’autres sujets viennent enrichir le contenu de ce cahier, tels « N’oublie pas que tu es noire… »  ; « Paris black » des années 1980 : regard noir en coulisse ; « Génération humour : question noire, question d’en rire aussi » et « Ce que le succès d’Intouchables révèle sur la situation des acteurs Noirs en France. »

Revue de 392 pages, disponible aux éditions L’Harmattan. ISBN 978-2-336-29897-9

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