Exit la Marianne noire

marianne

Centenaire de la Révolution (1889). Le sculpteur Gauthier crée une colonne qui soutient ce buste de Marianne.On lit sur les 4 faces les mots latins Paix, Loi, Lumière, Justice.

Dès 1999, une Marianne aux traits africains trônait dans la salle des mariages et du Conseil de l’hôtel de ville de Val-d’Oise. Et voilà que sur ordre des autorités, elle sera débarquée, en mars prochain. La statue noire du Vexin se verra remplacée dès le mois de mars. Un buste foncièrement blanc prendra la place du buste noir. Voyage dans la France des contradictions. Par Cikuru Batumike

Avis divergents

Les avis divergent quant à cette décision inattendue. Ce qui n’est qu’un symbole nourrit des discours aux relents patriotes ou racistes. « Je ne vois pas pourquoi Marianne, symbole de la République Française, serait noire. Est-ce pour permettre aux Noirs de mieux s’intégrer chez nous ? Est-ce pour plaire uniquement à une frange de la population ? » s’interroge un Français qui trouve légitime la décision du Maire de Val-d’Oise. Les commentaires fusent dans tous les sens : « Tous les Français peuvent se reconnaître dans le drapeau tricolore ou la Marseillaise, qui sont des symboles pour rassembler. Or donc, Marianne n’est pas un symbole parce que personnifiée… » « Il prend les traits d’une femme, certes libérée, mais déjà il pose problème… parce que c’est une femme » pense une féministe outrée. Un patriote de première heure s’insurge contre le maintien d’une Marianne noire à la mairie de sa ville, parce que « Marianne doit impérativement être blanche, étant en France. Nous avons peur de la déferlante communautariste en France.» Même avis chez ceux qui ne voient pas l’intérêt de désigner une Marianne parmi les personnalités françaises, ni de l’afficher en buste dans les mairies: « C’est un symbole douteux (puisque ce n’est pas vraiment un symbole) qui peut effectivement diviser les gens. A mon avis, la société française a besoin d’évoluer avant d’afficher une « Marianne noire »… Et puis d’abord, pourquoi faire évoluer un symbole? Est-ce que le drapeau français change ses couleurs? Et l’hymne change-t-il ses notes? »

La couleur de Marianne

Jamais sujet n’a autant entretenu des passions justes ou injustifiées. Ces passions naissent d’une récente décision du Maire de Val-d’Oise. En effet, il y a peu d’années, le village de Frémainville avait été le premier à adopter une Marianne arborant des traits africains, par une décision du maire à l’époque, Maurice Maillet. Les couples pouvaient s’unir, pour le meilleur et le pire, devant cette Marianne noire. La sculpture avait rendu original ce bourg du Vexin qui compte 495 habitants. Après avoir été marquée par des violences urbaines en 2005, et pour apaiser les esprits, Bobigny, préfecture du département de la Seine-Saint-Denis de près de 45.000 habitants suivait, à son tour, l’exemple de Frémainville. « Il n’est écrit nulle part que Marianne doit être une blonde aux yeux bleus », disait l’artiste Hervé di Rosa, concepteur de la Marianne de Bobigny. De quoi tient le fond de la décision du Maire de Val-d’Oise ?

Selon notre confrère le Parisien de ce matin, « cette sculpture noire était une Marianne de la liberté, pas une Marianne de la République, estime le maire actuel. Elle représentait certes quelque chose, mais pas la République. » La statue avait en effet été réalisée à l’occasion d’une commémoration organisée au village sur le thème de la fin de l’esclavage et du 50e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. « Zoumba », une femme libre au profil d’inspiration somalienne, était alors née des mains de l’artiste Claude Vallet. Le sculpteur avait fait don de l’œuvre réalisée sur place à son ami, le maire Maurice Maillet. « Comme le village n’avait pas de Marianne à l’époque, nous avions décidé, avec le conseil municipal, de mettre cette statue dans la mairie », se souvient ce dernier. Une décision tout à fait légale puisqu’il n’existe aucun texte réglementaire déterminant l’effigie de la République. Marcel Allègre assure aujourd’hui avoir simplement placé la Marianne noire dans une autre salle municipale. « C’est un bon symbole pour la fin de l’esclavage mais en vertu de quoi l’élèverait-on au rang de Marianne de la République ? » s’interroge le maire. « Je ne vois pas pourquoi la République ne serait pas noire, il suffit de regarder l’équipe de France de football », rétorque l’ancien élu, qui tient à récupérer sa statue, « si celle-ci ne se trouve plus dans un endroit visible du grand public ».

De l’utilité de Marianne…

Au commencement était Marianne. Représentée par une femme drapée à l’antique, un bonnet phrygien sur la tête. Bonnet rouge porté dans l’antiquité par des esclaves nouvellement affranchis. Dès le 18e siècle, elle devenait un symbole de la liberté à la République. On trouve des bustes de Marianne dans les mairies, les écoles, sur les pièces de monnaie ou les timbres. Un simple symbole ? Certes, la polémique mise en exergue montre combien on oublie que la France est un peuple naît d’héritages divers et de mutations successives. Un peuple métissé. Sous un trait d’humour, il est des gens qui souhaitent l’avènement d’une Marianne jaune. Ils se posent la question de savoir laquelle sera prochainement retirée, parmi la centaine de « vierges noires », pour la plupart chefs d’œuvre de l’art roman, qu’on compte dans des églises françaises. Et que faire des bustes de Marianne noire installés dans les départements et régions d’Outre-mer (Martinique, Réunion, Guyane, Guadeloupe et Mayotte) ? Marianne cesserait-elle d’être un simple symbole de la République ? Vraie ou stérile polémique ? Ne serait-il pas impératif de respecter l’esprit d’existence de ce symbole ? Peu importe sa couleur, il représente toutes les composantes de la population, ce pour un devenir commun et une unité des Français, que ne cesse de prôner le président Hollande.

Cikuru Batumike

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