Salon africain du livre de Genève : 12 ans déjà !

Le salon africain du livre de Genève aura douze ans d’existence cette année. En 2003, les responsables du Salon international du livre et de la presse lui réservaient une place de choix en son sein. Le Point.

Des livres aux sujets divers /image MédiaTropiques

Des livres aux sujets divers
Copyright/MédiaTropiques

C’est en 2004 que le salon du livre africain, prit une dimension respectueuse dans l’organigramme du salon international, par l’ampleur de son fonctionnement. Le livre africain sera au 29ème salon international du livre qui se tiendra du 29 avril au 3 mai à Genève.

Objectifs à long terme

Objectifs de cette présence : tenir annuellement une manifestation réunissant les principaux acteurs du livre et révéler la richesse et l’immense diversité culturelles du continent noir par le biais de sa littérature, ses auteurs, ses éditeurs. Autrement dit, permettre l’accès au livre, grâce à une tribune ouverte aux débats impliquant auteurs, éditeurs, artisans du livre et grand public. La découverte de l’Autre (auteurs, éditeurs et lecteurs) le fut par le biais de différentes activités, la plus en vue étant l’accent particulier mis sur un thème d’actualité : «Afriques : littératures, politiques et libertés». Pour ce premier rendez-vous, l’occasion fut propice de parler du livre en lien avec les contextes politiques et économiques, dans lesquels il naît, il circule ou il ne circule pas.

Thèmes de discussions

Dans le programme de cette première édition, divers sujets avaient été abordés. Parmi ceux-ci, « A quand l’Afrique ? », conférence/table ronde animée par Jean Ziegler autour du livre de François-Xavier Verschave sur la situation politique en Afrique. Elle fut nourrie d’un débat entre les intervenants et le public sur la question de la création, de la culture et de l’accès à la culture dans le contexte africain. Autres sujets d’intérêt : la présentation du Prix des 5 continents de la francophonie agrémentée de la discussion « le français en partage dans le monde : quelles influences sur la langue française ? » suivie de signatures des auteur(e)s ; « les nouvelles formes de coopération avec les pays d’Afrique dans le secteur du livre » ; « Pourquoi les Etats africains, institutions africaines négligent-ils la question du livre ? » ; « Qualité littéraire, censure politique, religieuse, rentabilité : comment le manuscrit arrive-t-il en librairie ? » ; « Existe-t-il une écriture féminine ? » ; « Ecrire est-il encore un acte politique ?, une discussion littéraire et politique autour des livres » ; « Les dernières nouvelles de la France Afrique » ; « L’Europe vue d’Afrique » ; « A quand l’Afrique ? » ; « Au soleil noir du Cabinda » etc. On a tout su ou presque sur ce qui anime les corps, les âmes et les consciences d’Afrique. On a tout compris sur ce qui dynamise les désirs de liberté et de sens des uns et des autres.

Photos de presse et expositions

Les années suivantes, le salon ajoutait aux thèmes de discussions, un deuxième élément interdisciplinaire : des images. L’Afrique c’est aussi sa diversité par ses médias, ses grands titres qui attirent le regard en raison de leur originalité. Sur initiative de l’Union de la presse francophone, un concours de dessins de presse agrémenta l’édition 2006 et désigna des heureux gagnants. D’autres expositions de tableaux des peintres et sculpteurs africains furent organisées dans le cadre du Salon africain. On se souvient de « Rites sacrés, rites profanes : photographie africaine contemporaine », donnant un aperçu de la Biennale de la photographie de Bamako. Plus de 3500 œuvres de photographes représentaient des tendances de la photographie africaine contemporaine avec Laurent Zitte, Frédéric Pothin, René Paul Savignan, Mohamed Camara, Jean-Noël Enilorac, Maha Maamoun. Ils offraient au public leur vision et les rêves qu’ils nourrissaient de l’Afrique.

Une décennie déjà que le salon du livre africain existe. Il continue de se décliner sous d’autres thèmes riches et porteurs tels « Afrique, connaissance et reconnaissance » ; « le boom du numérique dans les pays du Sud » En 2014, « Multiples Afriques », un condensé des grands textes classiques permettait la présence à Genève du « père » de « L’aventure ambiguë », Cheick Hamidou Kane, mais aussi celle des nouveaux talents incontournables, des premiers romans, des essayistes, des polémistes, des poètes.

CIKuru

Habitués du salon : Kanyarungwa Jean, Caya Makhele, Cikuru Batumike et Tierno Monénembo

Reconnaissance des talents

Au-delà des thèmes abordés, le public a droit à la mise en exergue de la couleur qu’offrent les plumes des écrivains. Patronné par la Direction du Développement et de la Coopération, la DDC, le Salon international du livre et de la presse a lancé un prix littéraire qui porte le nom d’Ahmadou Kourouma, romancier récemment disparu. Ce prix est décerné chaque année. Il récompense un ouvrage, essai ou fiction, consacré à l’Afrique noire, et dont l’esprit d’indépendance, de lucidité et de clairvoyance s’inscrit dans le droit fil de l’héritage légué par l’écrivain camerounais. Chaque année, le « Prix Ahmadou Kourouma » est décerné au meilleur d’entre les écrivains. Doté d’une somme de 5 000 CHF, avec le soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie, ce prix permet de découvrir des textes d’auteurs d’Afrique blanche et noire, d’auteurs anglophones, francophones, insulaires et ceux de l’hexagone. Parmi eux, les heureux bénéficiaires qui suivent, pour leurs textes :

2004 Esther Mujawayo et Souâd Belhaddad, pour « Survivantes. Rwanda, dix ans après le génocide » (éditions de l’Aube) ;
2005 Tanella Boni, « Matins de couvre-feu » roman (éditions du Serpent à plumes) ;
2006 Koffi Kwahulé, « Babyface » roman (éditions Gallimard) ;
2007 Sami Tchak, « le Paradis des chiots » roman (éditions Mercure de France) ;
2008 Nimrod, « le Bal des princes » roman (éditions Actes Sud) ;
2009 Kossi Efoui, « solo d’un revenant » roman (éditions du Seuil) ;
2010 Emmanuel Dongala , « Si la cour du mouton est sale, ce n’est pas au porc de le dire » polar (éditions du Serpent à plumes)
2011 Emmanuel Dongala « Photo de groupe autour du fleuve » roman (Actes Sud) ;
2012 Scholastique Mukasonga « Notre dame du Nil » roman (éditions Gallimard collection Continent noir) ;
2013 : Tierno Monénembo pour son roman «Le terroriste noir», (éditions du Seuil)
2014 : Mutt-Lon, Daniel-Alain Nsegbe de son vrai nom « Ceux qui sortent dans la nuit » roman (éditions Grasset 2013).

De la continuité d’une belle aventure

A l’instar des années précédentes, le salon du livre africain édition 2015 nous réserve des bonnes surprises. Ses organisateurs ont mis les petits plats dans les grands. « Pour son douzième rendez-vous annuel le Salon africain du livre, de la presse et de la culture part de la littérature pour aller à la rencontre des arts au pluriel sous le thème « Les arts en toutes lettres ». Auteurs de romans et de théâtre, bédéistes, réalisateurs ou caricaturistes qui marquent l’actualité africaine seront à l’honneur. Seront présents : le réalisateur tchadien Mahamat Saleh Haroun ou les écrivains Abdourahman Waberi et Ousmane Diarra ; les plumes connues du paysage africain tels Jean Bofane, Henri Lopes et Théo Ananissoh. Des jeunes auteurs, éditeurs, intellectuels et journalistes du continent noir ont également répondu présents : Ken Bugul, Azza Filali, Fiston Mwanza Mujila, Juvénal Ngorwanubu ou Armand Gauz dont le roman Debout-payé a connu un beau succès. La gastronomie et l’art de manger en Afrique seront au rendez-vous.»

En dehors du thème susmentionné, l’édition 2015 aura pour fil conducteur « Les premières Assises de l’édition francophone » Tout un programme prévu le mercredi 29 et le jeudi 30 avril sur fond des tables rondes et des prises de parole individuelles. On débattra de questions liées aux différentes dimensions culturelles de la francophonie, à l’amélioration de ses circuits d’édition et de diffusion, à la place de la langue française dans le monde et au développement numérique du livre francophone. Il s’agit de réunir « des auteurs, des éditeurs, des diffuseurs, des libraires, des responsables politiques ainsi que d’autres acteurs de l’édition en langue française afin de promouvoir le livre, par sa publication et sa diffusion.»

Premières Assises de l’Edition francophone à Genève. Peut-on s’attendre à quelque chose de constructif ? Des nouvelles perspectives littéraires et politiques pour le livre africain ? Ecrivains, public et journalistes se pencheront sur la question. On attend beaucoup de leurs réflexions.

Cikuru Batumike

Publicités